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NO KINGS!

Chroniques d'un Effondrement, 2024–2026
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NO KINGS!

LES EMPIRES NE TOMBENT PAS DU JOUR AU LENDEMAIN.
ILS APPRENNENT D'ABORD À VIVRE AVEC L'INACCEPTABLE.

Novembre 2024. Une douzaine d'œufs coûte neuf dollars dans le Michigan. Donald Trump vient d'être réélu en promettant de faire baisser les prix.

Cela pourrait être le début d'une chronique sur le prix des œufs. C'est en réalité le début d'une histoire beaucoup plus vaste.

Parce qu'il y a quelque chose d'étrange dans notre époque : nous vivons entourés d'informations et nous n'avons pourtant jamais été aussi vulnérables aux récits qui les remplacent.

Nous savons tout. Tout de suite. Tout le temps. Une guerre éclate à des milliers de kilomètres, nous la voyons quelques secondes plus tard. Un président prononce une phrase, elle est découpée, commentée, détournée et transformée en milliers de versions concurrentes avant même qu'il ait terminé sa phrase. Une rumeur apparaît à Tokyo et peut devenir une certitude à New York avant le petit-déjeuner. Une photographie peut être réelle, truquée ou générée par une machine. Une déclaration peut être vraie et néanmoins trompeuse. Un mensonge peut contenir suffisamment de vérité pour devenir crédible.

Nous sommes entrés dans une époque où le problème n'est plus seulement de savoir ce qui est vrai.

Le problème est de savoir si nous sommes encore capables de le reconnaître.

C'est ce phénomène que Yann Fournier appelle l'Infosclérose.

Il ne s'agit pas d'un manque d'information. C'est exactement l'inverse. Une accumulation continue de faits, d'images, de commentaires, de notifications, d'indignations, de propagandes, d'analyses, de contre-analyses et de contre-vérités finit par produire un étrange effet secondaire : le cerveau cesse de trier. Il ne cherche plus nécessairement le réel. Il cherche ce qui confirme, ce qui choque, ce qui rassure, ce qui amuse, ce qui nous ressemble.

À force de tout savoir, nous risquons de ne plus rien comprendre.

NO KINGS ! est né de cette inquiétude.

Depuis l'élection américaine de novembre 2024, Yann Fournier a écrit, semaine après semaine, au rythme des événements, sans attendre que l'Histoire ait terminé son travail pour commencer le sien. Signalgate. Les guerres. L'Iran. Les institutions américaines. Les purges politiques. Les grâces présidentielles. Les intérêts financiers. Les dossiers Epstein. Les rapports de force autour du pouvoir. Les manifestations. Les fractures d'une société qui semble parfois incapable de décider si elle assiste à une crise démocratique, à une révolution culturelle ou simplement à une gigantesque émission de téléréalité dont personne ne connaît encore le dernier épisode.

Ces chroniques n'ont pas été écrites depuis le confort du recul historique.

Elles ont été écrites dans le bruit.

C'est une différence essentielle.

L'Histoire, lorsqu'elle est terminée, possède une élégance trompeuse. On connaît les dates. On connaît les vainqueurs. On connaît les conséquences. On peut reconstruire une logique. Tout semble avoir conduit naturellement à ce qui s'est produit.

Mais lorsque les événements sont en train de se produire, rien n'est clair.

Les informations arrivent dans le désordre. Les versions s'affrontent. Les certitudes changent d'heure en heure. Les acteurs mentent parfois, se trompent souvent et improvisent presque toujours. Les marchés réagissent à des rumeurs. Les gouvernements démentent ce que les réseaux sociaux affirment. Les médias corrigent leurs propres informations. Et chacun doit essayer de comprendre le monde pendant que celui-ci continue de bouger sous ses pieds.

C'est dans cet espace instable que ces cinquante-deux chroniques ont été écrites, entre novembre 2024 et avril 2026.

Elles constituent moins une histoire de ces dix-huit mois qu'une collection de radiographies prises pendant que le corps politique était encore en mouvement.

Le sujet apparent est l'Amérique.

Le sujet réel est beaucoup plus vaste.

C'est notre rapport au pouvoir.
Notre rapport à la vérité.
Notre rapport aux images.
Notre rapport aux autres.

Et peut-être surtout notre rapport à nous-mêmes.

Car Donald Trump n'est pas le véritable sujet de ce livre.

Il en est le révélateur.

Trump est intéressant non seulement pour ce qu'il dit, pour ce qu'il fait ou pour les controverses qu'il provoque, mais parce qu'il révèle quelque chose qui dépasse largement sa personne : la puissance contemporaine du récit politique. Il montre ce qui se produit lorsqu'un personnage devient simultanément un homme politique, une marque, un spectacle, un objet de haine, un objet de culte et une machine à produire de l'attention.

Il n'est plus seulement nécessaire de gouverner.

Il faut occuper l'espace mental.

Le pouvoir moderne ne se mesure plus uniquement au nombre de lois que l'on fait voter ou au nombre de soldats que l'on commande. Il se mesure aussi à la capacité de monopoliser l'attention, de définir les sujets dont tout le monde parle et parfois même de déterminer les émotions que ces sujets doivent provoquer.

Le pouvoir ne consiste plus seulement à dire aux gens quoi penser.

Il consiste à décider de ce à quoi ils vont penser.

Et pendant qu'ils regardent, le réel continue de travailler dans l'ombre.

C'est peut-être là que commence l'Infosclérose.

Une information chasse l'autre. Une catastrophe remplace une autre catastrophe. Une indignation en efface une précédente. Nous avons à peine le temps de comprendre un événement qu'un nouveau scandale exige notre attention. Le cerveau devient une salle d'attente dans laquelle toutes les informations possèdent un ticket prioritaire.

Alors nous consommons.

Nous ne lisons plus toujours pour comprendre. Nous lisons pour réagir.
Nous ne cherchons plus nécessairement la vérité. Nous cherchons une position.
Nous ne demandons plus : « Est-ce vrai ? »
Nous demandons : « De quel côté es-tu ? »

C'est une transformation profonde.

Parce qu'une démocratie ne peut fonctionner longtemps si ses citoyens ne partagent plus seulement des opinions différentes, mais des réalités différentes.

Lorsque chacun possède ses propres faits, la discussion politique cesse progressivement d'être une confrontation d'idées pour devenir une guerre de perceptions.

Et dans cette guerre, le plus dangereux n'est peut-être pas celui qui ment le mieux.

C'est celui qui parvient à nous convaincre que plus rien n'est vrai.

Parce qu'un citoyen qui croit à un mensonge peut encore être convaincu.

Un citoyen qui ne croit plus à rien devient beaucoup plus facile à manipuler.

C'est pourquoi NO KINGS ! n'est pas un livre sur Donald Trump.

Ce n'est pas non plus un livre qui cherche à fournir un résumé supplémentaire de l'actualité américaine. Les journaux, les chaînes d'information et les réseaux sociaux produisent déjà suffisamment de chronologies pour remplir plusieurs bibliothèques.

Ce livre cherche autre chose.

Une grille de lecture.

Une tentative pour regarder les événements non seulement en fonction de ce qu'ils racontent, mais en fonction de ce qu'ils révèlent.

Que devient une démocratie lorsque le récit compte davantage que le fait ?
Que devient une société lorsque l'indignation devient une forme de divertissement ?
Que devient la vérité lorsqu'elle doit lutter contre des millions d'images produites chaque jour ?
Que devient notre liberté lorsque notre attention est devenue la marchandise la plus précieuse du monde ?

Et surtout : que devient l'individu lorsqu'il ne sait plus s'il pense quelque chose parce qu'il le pense réellement ou parce qu'on lui a répété suffisamment souvent qu'il devait le penser ?

C'est ici que l'expérience personnelle de l'auteur rejoint le sujet du livre.

Économiste de formation et entrepreneur, ayant travaillé sur quatre continents et évolué dans des environnements professionnels, économiques et culturels très différents, Yann Fournier n'observe pas la politique comme un spécialiste enfermé dans une seule discipline. Son regard vient autant de l'économie et des mécanismes de pouvoir que de l'expérience de celui qui a longtemps vécu entre plusieurs mondes.

Cette position extérieure est importante.

Parce que vivre entre plusieurs cultures apprend une chose assez simple : ce que nous appelons « normal » est souvent simplement ce à quoi nous sommes habitués.

Les sociétés ont leurs propres mythologies. Elles possèdent leurs mots sacrés, leurs tabous, leurs héros, leurs ennemis, leurs récits fondateurs et leurs contradictions que chacun finit par ne plus voir.

Changer de pays, de milieu ou de perspective permet parfois de voir les coutures.

C'est dans ces coutures que Yann Fournier cherche.

Il ne prétend pas être au-dessus du chaos.

Il écrit depuis l'intérieur.

Avec ses propres biais, ses propres colères, ses propres erreurs et ses propres incertitudes.

Parce que c'est peut-être la seule position honnête dans une époque où chacun prétend posséder la vérité quelques secondes après avoir lu un titre.

NO KINGS ! rassemble cinquante-deux chroniques écrites entre novembre 2024 et avril 2026, jusqu'aux manifestations du 12 avril 2026, lorsque des millions d'Américains sont descendus dans les rues derrière un mot d'ordre d'une simplicité presque primitive : NO KINGS !

Pas de programme.
Pas de candidat.
Pas de doctrine.

Deux mots.

Un refus.

Et peut-être est-ce finalement cela qui résume le mieux le livre.

Refuser de laisser les récits penser à notre place.
Refuser de confondre le bruit avec l'information.
Refuser de prendre la répétition pour la vérité.
Refuser de considérer l'inacceptable comme normal simplement parce qu'il est devenu quotidien.

Refuser les rois, mais aussi les petits rois que nous fabriquons chaque jour avec nos clics, nos peurs, nos certitudes et notre attention.

Car le véritable sujet de ce livre n'est pas de savoir qui occupe la Maison-Blanche.

Le véritable sujet est ce qui se passe dans nos têtes lorsqu'un récit devient suffisamment puissant pour prendre la place du réel.

Et peut-être que l'Infosclérose commence exactement là : au moment où nous cessons de nous demander si ce que nous croyons est vrai.

Alors nous ne sommes plus seulement spectateurs de l'Histoire.

Nous devenons son matériau.

Et le chaos peut commencer.

Chaque affirmation de ces chroniques repose sur une source vérifiable. L'appareil complet — plus de huit cents références, organisées chronique par chronique — est disponible en ligne.

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